Agrippine la Jeune face à Catherine la Grande

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un cours de latin (Athénée de Marchin) de 6eme secondaire (équivalent français de la classe de terminale).

Il a été écrit par Charles Lemans et Alexis Jurdant (Athénée de Marchin, février 2000).

L’objectif de ce travail de recherche était de comparer un personnage de l’Empire romain, Agrippine la Jeune, à un autre personnage historique, ici, Catherine la Grande de Russie. C’est ce que nous avons essayé de faire…

Table des matières

Introduction: le choix de ces personnages

Depuis la naissance de la politique jusqu’au début de l’époque “moderne”, le pouvoir des femmes a toujours été restreint. Cependant, leur intérêt pour la chose a toujours été bel et bien présent.Déjà au début de l’ère chrétienne, à Rome, une certaine Agrippine, fille d’un grand général, soeur du tyran Caligula et épouse de son oncle, l’empereur Claude, s’investissait secrètement, dans ce que l’on appelle la politique.Près de 18 siècles plus tard, en Russie, une dame connue sous le nom de Catherine la Grande, renversait son mari le tsar, pour prendre le pouvoir, qu’elle reçut officiellement par après…

Malgré la reconnaissance de cette autorité féminine à la fin du 18ème siècle, les deux femmes ont usé des mêmes “techniques” d’influence afin de faire aboutir leurs projets. Ces similitudes frappantes de leur ambition, de le volonté de réussir, bref de leur caractère, de leur situation et origine sociale, et finalement de leur réussite, nous ont fait choisir la personne de Catherine la Grande comme “adversaire” d’Agrippine. Nous aborderons dans ce dossier la vie de l’une, puis de l’autre, les chapitres étant symétriques tant que possible, afin de permettre au lecteur de compléter notre comparaison finale.

Présentation des personnages

Catherine

Née à Stettin en 1729, morte à Saint-Pétersbourg en 1796, Catherine II épouse à seize ans le prince Pierre III, futur tsar de Russie.Douée d’une grande intelligence, pleine d’ambition aussi, elle se livre, à un travail intellectuel intense et adopte le rationalisme de la culture occidentale,…Le tsar, affichant ses goûts pro-allemands, se rend très impopulaire; la tsarine provoque un coup d’État, fait condamner son mari à mort et prend sa place sur le trône en juin 1762. Animée du même esprit que les grands tsars d’autrefois, comme Pierre le Grand, elle ne vise qu’un seul but : accroître la solidité et la puissance de la monarchie. Aidée par les collaborateurs de qualité qu’elle s’est assuré, elle brise les oppositions et fait progresser la Russie dans bien des domaines.

Agrippine

Née à Cologne, durant un voyage de son père, en 15 PCN, morte assassinée en 59 PCN, Agrippine la Jeune épouse à treize ans, suite à une demande de l’empereur Tibère, Gnaius Domitius Ahenobarbus, avec qui elle engendrera Néron. Elle se remariera avec un certain Crispus, riche Romain, qu’elle empoisonnera. Son troisième mariage, était celui de l’ambition, après celui de l’argent et de la succession. Elle épousa l’empereur Claude, son oncle. Faible d’esprit, Agrippine avait de lui tout ce qu’elle voulait. Après l’empoisonnement de ce dernier, elle plaça son fils, à la tête de l’empire. Durant son dernier mariage et au début du règne de son fils, elle joua un rôle politique important, mais non reconnu et caché…

CATHERINE LA GRANDE

ORIGINES ET SITUATION SOCIALES DE CATHERINE II

Catherine II

Catherine II

Princesse allemande, née Sophie d’Anhalt-Zerbst le 2 mai 1729 à Szczecin (Stettin), en Pologne, elle fut choisie par l’impératrice Élisabeth, fille de Pierre le Grand, pour épouser, en 1745, l’héritier du trône de Russie, le futur Pierre III. Emmenée à Saint-Pétersbourg, elle se convertit à l’orthodoxie et fut rebaptisée Iekaterina (Catherine) Alekseïevna. Intelligente et ambitieuse, elle s’immergea dans la culture russe, apprenant la langue, l’histoire et les coutumes du pays. C’est ainsi qu’elle s’entoura d’un cercle de partisans exaspérés par la germanophilie excessive de son mari, monté sur le trône en janvier 1762. Les sarcasmes incessants de Pierre III et son mépris à l’égard de ses sujets russes poussèrent rapidement Catherine à se désintéresser de son mariage et à adopter des mœurs dissolues. Son époux Pierre III est issu de la dynastie des Romanov, à laquelle elle sera intégrée dès son mariage. Les Romanov règnent sur la Russie depuis Michael Romanov, 1613. Parmi ses successeurs les plus connus, Alexis (1645-76), Pierre I (Pierre le Grand, 1696-1725), Elizabeth (1741-42). Après l’abdication d’un règne de moins d’un an, Catherine prendra le pouvoir, l’année même (1762). Son fils Paul lui succédera (1796-1801), puis ses descendants1. La Russie est alors une autocratie, où le tsar a tous les pouvoirs, comme l’empereur dans la civilisation romaine, sa puissance est grande.

POINTS À RELEVER

  • Issue d’une famille noble, donc très favorisée:
  • éducation (précepteurs, milieu avantageux…);
  • enseignement et études, culture, langues, maturité de réflexion, connaissance de l’Histoire,…
  • argent;
  • relations influentes;-Elle se joint à la famille impériale Russe:
  • Rapproche son pays d’origine (Pologne) avec la Russie;
  • Prend de l’importance (ses enfants seront les successeurs);
  • Prend du pouvoir (femme du tsar);
  • Source de revenus, de relations, de respect…-Adaptation à la Russie:
  • Apprend rapidement le Russe;
  • Apprend à connaître la culture russe;
  • Se converti à la religion orthodoxe : baptême et changement de nom (Sophie d’Anhalt-Zerbst devient Catherine II);
  • Se dit fière d’être Russe (populaire).

CARACTERE ET AMBITION

En pleine période de la «Philosophie des lumières», elle est séduite par les ouvrages philosophiques de ses contemporains. Elle lit “l’Esprit des lois” de Montesquieu, dont elle s’inspire pour rédiger son Nakaz, elle achète les bibliothèques de Voltaire et de Diderot, elle lit l’œuvre de Rousseau par laquelle elle est fascinée…Elle cherche à cultiver sa réputation de souveraine éclairée, amie des philosophes, en correspondant avec Voltaire (de 1763 à 1777) et en invitant Diderot à sa cour; mais elle mène une politique destinée avant tout à faire de la Russie une grande puissance, admise dans le concert des nations européennes.Son ambition l’a amenée dès la vue de son mariage, à apprendre la langue russe, la culture, l’Histoire et la politique. Son nationalisme manifesté pour la Russie la rendra très populaire à l’insu de son époux. Elle n’hésitera pas non plus à approfondir ses relations avec certains hommes afin d’acquérir les garanties qui lui permettront de prendre le pouvoir et de le conserver. Comme quoi…«Elle a un réel talent politique: cela signifie qu’elle sait séduire, mais aussi punir, qu’elle fait des promesses mais se montre aussi généreuse, que le mensonge même découvert fait croire à des intentions louables.»

Sources: Jan Rubes et Alain Lits, Cités d’art, St-Pétersboug, Artis-Historia

LA PRISE DU POUVOIR

Le 28 juin 1762, au milieu de la nuit, la femme du tsar harangue les troupes de la Garde à Saint-Pétersbourg. Elle leur annonce qu’elle monte sur le trône du tsar de toutes les Russies à la place de son mari Pierre III. C’est un coup d’État conjugal.La nouvelle impératrice accueille avec jubilation le piteux message d’abdication de Pierre. Le tsar ne lutte pas. Il sait que l’armée, tenue en main par les tout-puissants frères Orlov , amants de sa femme, ne bougera pas. Catherine place l’empereur déchu en résidence surveillée, sans lui laisser autre chose que “son chien, son nègre et son violon”, selon ses propre termes. C’est sans doute trop encore: une semaine plus tard, l’ex-tsar meurt de façon si suspecte que personne ne doute que l’impératrice y ait mis sa main.

TRAITS DE CARACTERES DE CATHERINE

  • Ambition;
  • Fort caractère;
  • Intelligence, culture, manipulation (ex: ses amants);
  • Usant de ses charmes (id.);-Prête à tout pour réussir (la mort de son mari, manipulations,…).
  • Moderne (premier «despote éclairé» en Europe de l’Est);
  • Novatrice dans son pays (crée des industries, des villes, des écoles,…).

SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE LA RUSSIE

Prenons la capitale de l’époque, Saint-Pétersbourg, comme exemple de l’évolution économique et sociale sous sa domination: Durant le règne de Catherine, les petits métiers, l’artisanat, les manufactures, les services, les transporteurs, les marchands connaissent un développement lent mais constant. En 1725, à Saint-Pétersbourg, il y avait 32 entreprises, en 1794, il y en avait 217. A cette époque, alors que la population de la ville a dépassé 200 000 habitants, il n’y a que six à sept milles ouvriers travaillant dans ces entreprises et 1730 commerçants. Cette évolution est liée au développement rapide du secteur commercial, qui a essentiellement deux raisons: d’un part, Saint-Pétersbourg est le plus grand port russe, par lequel circule à peu près la moitié de la marchandise du pays, d’autre part, elle est située très loin des centres industriels et agricoles et beaucoup de produits doivent être importés. La somptuosité des résidences de la noblesse pétersbourgeoise témoigne de sa condition privilégiée acquise sous la Grande Catherine.

Les aristocrates vivent dans le luxe que n’égale que Versailles, tandis que la vie d’un serfs n’a aucune valeur ou, à la rigueur, une valeur marchande établie selon des tarifs fixes. La société est de plus en plus popularisée mais aucun force ne semble pouvoir assouplir les contrastes entre les énormes richesses et la misère des paysans. La politique expansionniste de l’impératrice est coûteuse: en mourant, elle laisse une dette colossale, mais la Russie est une puissance. Une puissance pauvre, comme le dira plus tard Sokoloff . Ailleurs en Europe, la Révolution industrielle a commencé depuis longtemps, les premières machines à vapeur sont inventées. En France, toujours sous l’absolutisme de ses monarques, la Révolution se prépare, poussée par les “Lumières” qui rayonnent en Europe4 . L’Angleterre est une monarchie parlementaire, elle est l’idéal de l’époque, au niveau des libertés et du régime démocratique. Les uns après les autres, les souverains vont devenir “despotes éclairés”, et des libertés seront accordées aux peuples (libre culte, droit de la presse, censure supprimée, liberté d’expression,…). Un nouveau pays libre existe après sa révolution en 1783, les États-Unis…Tout ces mouvements de libertés n’atteindront le peuple, les serfs, que très tard. De courtes révolutions auront lieu, mais la machine sera à chaque fois relancée par quelques réformes; il faudra attendre 1917 pour qu’un changement radical ait lieu, l’arrivée du communisme. Ensuite, ce n’est qu’en 1990 que la Russie deviendra un régime démocratique…

CARRIERE POLITIQUE ET POUVOIR DE CATHERINE II

SES BUTS

  • Accroître la solidité et la puissance de la monarchie.
  • Moderniser la Russie en poursuivant le travail de Pierre le Grand; agrandir les frontières, permettre à la Russie d’être reconnue comme une puissance.
  • Un autre projet concret pour elle : détruire la puissance turque pour reconstituer son empire byzantin; annexer la Pologne à la Russie.

LES TROIS PHASES

  • La première phase de son règne, qui va durer jusqu’à la révolution du Pugatchev (1773), est libérale;
  • la deuxième, jusqu’au début de la Révolution française, est conservatrice;
  • la troisième et dernière, est répressive.

LES FAITS

  • Les réformes intérieures : Abandonnant les projets de réformes libérales des premières années de son règne, Catherine mit en œuvre une série de réformes pratiques pour améliorer l’administration et l’économie après les troubles sociaux de 1773-1775. En effet, acceptant d’autant plus mal leur condition que Pierre III, en 1762, avait libéré la noblesse de l’obligation de servir, les serfs se rallièrent nombreux au mouvement insurrectionnel de Pougatchev (1773-74), qui promettait par ailleurs le rétablissement des libertés cosaques abolies en Ukraine en 1764. Elle brisa la révolte de Pougatchev et introduisit le servage en Ukraine (1783), dont la mise en valeur fut confiée à son favori, Potemkine5. Cherchant à encourager la formation d’un tiers état urbain et d’une noblesse plus instruite, elle améliora le système éducatif et promulgua en 1785 une charte de la noblesse confirmant ses privilèges et une charte des villes accordant l’autonomie aux communautés urbaines.Quelques trois cents écoles seront créées pour un peu plus de 17 000 élèves. Mais pratiquement toutes les personnes instruites travailleront pour l’État, dans l’armée, ou à l’administration (note: des écoles, sont exclus naturellement, les serfs: 80 % de la population; elles sont ouvertes aux enfants bourgeois, nobles et aristocrates.). L’intelligentsia “indépendante” et libérale ne se formera que lentement et n’a aucune chance de s’exprimer sous Catherine II.
  • Politique extérieure : Après deux guerres contre les Ottomans, elle obtient en 1783 la Crimée, l’accès à la mer Noire et aux détroits. Elle ne se montre pas moins habile sur ses frontières européennes, où la Pologne fait les frais de sa politique de conquête. Les partages successifs du royaume, dépecé de concert avec l’Autriche et la Prusse, aboutissent en 1795 à sa disparition pure et simple. Elle réunit ainsi à l’Empire russe la Biélorussie, l’Ukraine.

SES MOYENS

En plus de la puissance impériale qu’à la tsarine, elle utilise d’autres moyens afin de satisfaire son ambition, et d’assurer ses projets. Agrippine, elle, ne disposait que de ceux-ci pour exercer son pouvoir d’influence :

  • Ses relations:
  • Relations liées à ses fonctions, ses besoins;
  • Sa montée au pouvoir grâce à l’aide de ses amants (les frères Orlov);
  • En Pologne, profitant de divisions intestines, elle réussit à faire élire roi de Pologne le comte Poniatowski, qui lui est entiErement dévoué;
  • Propagande de despote éclairé, les relations avec Voltaire, Diderot,… lui permettent de rester crédible (malgré sa politique parfois -souvent- amorale).
  • La milice:
    • Armée contrôlée grâce à ses relations (ex: sa prise du pouvoir)
    • Guerre contre l’Empire ottoman.
  • Sa popularité:
    • Se déclarant favorable aux idées libérales, et cherchant à améliorer l’image de son empire, souvent perçu comme arriéré, Catherine II cultive volontiers son image de “despote éclairé” et séduit la classe sociale supérieure.
    • Cette image de la Russie plaît, l’espoir de trouver une nouvelle Russie démocratique après Catherine II est grand, suite à ses reformes démocratiques (restées à l’état de projets cachés en Russie, connus à l’étranger), sa réorganisation du pays, sa modernisation, sa fonction de mécène (Catherine et ses successeurs acquerront une gigantesque collection d’œuvres d’art, construiront des musées, des palais, érigeront des statues,…).
    • Réformes avantageant les bourgeois, donc elle reçoit la coopération…
  • Autres moyens:
    • Corruption de ses fonctionnaires, achat d’informations,…;
    • L’assassinat politique / meurtre! (ex: celui supposé de son mari);
    • Censure de certains livres, de lettres ouvertes,…

SA SUCCESSION

Contrairement à Agrippine, Catherine ne vise pas à porter son fils (Paul Ier) au pouvoir. Elle l’en écarte, craignant qu’il la renverse.

En 1796, Paul Ier succéda à sa mère. Écarté du pouvoir par Catherine, tenu pour faible, il était animé du désir de venger la mort de son père et commença par prendre des mesures très libérales. Ainsi, il fit abolir la Charte de la noblesse7 en 1785, améliora le sort des paysans et libéra les prisonniers politiques polonais, dont Kosciuszo , arrêté après l’insurrection en 1794. En politique extérieure, il se joignit à l’Autriche, la Grande-Bretagne et l’Empire ottoman dans la deuxième coalition qui se forma contre la France après la prise de Malte par Bonaparte. Mais il fut assassiné dans son palais en 1801 à la suite d’une conspiration de la noblesse. Son fils, Alexandre Ier continua l’Histoire…

AGRIPPINE LA JEUNE

ORIGINE ET SITUATION SOCIALES D’AGRIPPINE LA JEUNE

Agrippine

Agrippine

Princesse romaine, fille d’Agrippine l’Aînée et de Germanicus, soeur de Caligula, et épouse de l’empereur Claude.Elle est née vers 15 PCN. Son père fut un général puissant, populaire et respecté; dans son sang, et celui de ses descendants, coulait, disait-on, le sang du divin Auguste. De souche noble, il fut adopté par l’empereur Tibère, et épousa Agrippine l’Aînée qui donna naissance à trois enfants: Gaius (Caligula), qui deviendra empereur, Drusilla, qui sera l’épouse de son frère, et Agrippine la Jeune qui se mariera, en troisième noce, au frère de son père, c’est-à-dire, l’empereur Claude, son oncle. Elle empoisonnera ce dernier pour placer son fils Néron au pouvoir…Après ce meurtre, son fils n’ayant que 16 ans, elle jouera un rôle important de régente,… mais non reconnu.Son ambition et son influence tout au long de sa vie furent grandes et menées par de nombreux moyens. Mais la période où elle profitera pleinement de son pouvoir d’influence, sera après son mariage avec Claude, et plus encore au début de la carrière politique de Néron.Elle décédera, assassinée par celui-ci, vers 59, ayant depuis quelque temps pressenti la chose et au courant du souhait de son fils. En effet, une première tentative avait été faite. Un mécanisme astucieux devait briser le bateau dans lequel elle se trouvait, mais elle ne fut pas noyée, comme Néron l’espérait… Ses craintes étaient confirmées.

POINTS À RELEVER

  • Issue d’une famille noble, donc très favorisée:
  • éducation (précepteurs, nourrice, voyages…) ;
  • enseignement et études, cultures, langues, maturité de réflexion, connaissance de l’Histoire, de la mythologie,…
  • argent;
  • relations influentes;
  • Elle se (re)joint à la famille impériale à son mariage avec Claude:
  • Prend plus d’importance encore (Néron sera le successeur de Claude);
  • Prend du pouvoir (femme de l’empereur, elle est au coeur de l’Empire);
  • Source de revenus, de relations, de respect…

CARACTERE ET AMBITION

Depuis l’âge de raison, Agrippine avait cette fierté d’appartenir à la famille d’Auguste. Dès sa plus tendre enfance, elle bénéficia d’un apprentissage culturel, des langues, de la psychologie, de la logique, de la géographie, de la mythologie et de l’histoire. Elle et sa famille, accompagnaient son père, Germanicus, durant ses longs voyages, en destination des différents peuples conquis par les romains.Elle deviendra amie avec Sénèque, philosophe et précepteur de son frère, qui éduquera son fils et de qui elle tirera de grandes leçons et conseils.Sous la tyrannie de son frère, elle sera exilée, connaîtra des temps difficiles, mais gardera toujours cette confiance extraordinaire et cette ambition qui l’anime. Durant ce temps, son fils Domitius, qu’elle aura engendré avec son premier mari (Gnaius Domitius Ahenobarbus) , continuera son éducation chez sa tante. A son retour, suite à la prise du pouvoir par son oncle Claude, elle l’épousera et le convaincra d’adopter son fils. Ce dernier, sera renommé Néron et sera préféré au fils de Claude, Britannicus; Agrippine mettant tout en place pour que cela se passe ainsi…Néron est ce qu’elle a de plus cher et, si elle a compris qu’elle ne pourrait jamais devenir impératrice, elle ne doutera pas du pouvoir que prendra son fils…Agrippine, qui fait de son fils Néron un empereur, cherche à exercer elle-même le pouvoir. «Les Pères étaient convoqués au Palatium pour permettre à Agrippine d’assister aux séances; elle y entrait par une porte secrète derrière les sénateurs et séparée d’eux par une tenture qui l’empêcha d’être vue mais qui lui permettait de tout entendre. Et même, un jour que les ambassadeurs d’Arménie plaidaient devant Néron la cause de leur pays, elle se disposait à monter sur l’estrade de l’empereur et à siéger avec lui, quand Sénèque, voyant toute l’assistance paralysée par la crainte, averti Néron qu’il eût à venir au devant de sa mère. Ainsi, sous prétexte de piété filiale, on prévint un scandale.» Tacite, Annales XIII, 5, 14

TRAITS DE CARACTERES

Résumons ce qui précède en quelques mots:

Agrippine est une femme

  • Ambitieuse;
  • De fort caractère;
  • Intelligente, cultivée;
  • Manipulatrice;
  • Usant de ses charmes par “nécessite”;
  • Prête à tout pour réussir;
  • Sans scrupules;
  • Cupide: avide d’argent (elle s’enrichit sur le compte de l’État en justifiant que c’est pour son bien (ou “le bien de l’État” …)
  • Moderne (première femme, en Italie à se manifester pour la politique).

SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE L’EMPIRE

Sous la dynastie julienne (premier siècle PCN), jusqu’à la reprise du pouvoir par les flaviens, on peut dire que l’Empire romain a atteint son summum: il ne succombe pas encore aux attaques des Barbares, l’Empire est vaste et organisé: routes, aqueducs, armée, services,… ; la politique, malgré tout, a une certaine continuité; l’Empire commerce énormément et gère de nombreuses colonies… L’Empire a encore des bases d’une démocratie, dirigée par un empereur et des consuls. Cependant, l’esclavage est bien présent et la femme est considérée comme une mineure9 …

CARRIERE POLITIQUE ET POUVOIR DE AGRIPPINE LA JEUNE

SON POUVOIR

Il n’est pas reconnu mais est bien présent. Claude avait la réputation d’être faible, très facilement influençable, naïf, et laid! Un mari de rêve pour Agrippine, surtout que c’était… l’empereur.On peut aussi la considérer comme régente au début de la carrière politique de Néron.

SES BUTS

Son premier but était de prendre une réelle place dans les affaires publiques dans le corps de l’État, mais elle comprit vite que la mentalité et la société romaine n’étaient pas prête à recevoir une femme dans sa politique.Par la suite, elle concentra toute son énergie pour mettre au pouvoir son fils dans le but d’exercer le pourvoir via ce dernier…

LES FAITS

  • Elle fêta trois noces: la première, mariage par lequel elle eut Néron, suite à une demande de l’empereur Tibère, avec Gnaius Domitius Ahenobarbus; la deuxième (avec son beau-frère fortuné, Crispus), par avidité de l’argent; la troisième par ambition du pouvoir, avec Claude.
  • Caligula, se rendant compte du danger de l’ambition d’Agrippine, l’envoya en exil.
  • Agrippine s’est rendue coupable, semble-t-il, des meurtres de son premier mari, de son troisième mari (l’empereur Claude) et, indirectement, du premier fiancé de sa belle fille Octavie,…
  • Elle organisa tout pour que ce soit à son fils que passe le pouvoir impérial.
  • Elle influença beaucoup d’autres personnes, dont certains affranchis (ils avaient beaucoup de pouvoir) pour que, à leur tour, ils influencent l’empereur. Elle utilisa son corps par “nécessité” avec beaucoup d’hommes…

SES MOYENS

  • Ses relations:
  • Influence / manipulation (sur son époux, des affranchis, d’autres gens,…);
  • Issue d’un famille de pouvoir, père grand général, frère empereur,… donc respect et honneur;
  • Affranchis et esclaves;
  • Empoisonneurs ! (cf les meurtres dont elle est accusée…);
  • Autres:
  • Assassinats (ses époux, le fiancé de sa belle-fille, des personnes “gênantes”);
  • Corruption (afin de faire garder le silence, parfois par son corps,…);
  • Mensonges, tromperies (elle prend garde de ne pas révéler ses plans!…)

SA SUCCESSION

Ce chapitre devrait il exister? Son pouvoir n’étant pas officiel, il n’y a pas de “succession du pouvoir”. Mais on peut tout de même considérer une carrière parallèle, d’influence:Elle commença réellement après le mariage de Claude, naïf, dont elle avait pratiquement tout ce qu’elle voulait…Mais son apogée fut sans doute après la mort de celui-ci, lors du début de la carrière politique de son fils, Néron. Elle joua un véritable rôle de régente, mais qui, malheureusement pour elle, ne dura pas; Néron tenta un première fois de la tuer en simulant un naufrage, mais Agrippine s’en sortit indemne, et comprit que sa dernière heure ne saurait tarder. En effet, peu de temps après elle fut assassinée, sur l’ordre de son propre fils. Après sa mort en 59, Néron disgracie Sénèque, fait disparaître ses conseillers. Alors il s’adonne à un despotisme absolu, soupçonné d’être dû à sa folie. Octavie, son épouse, soeur de Britannicus, se suicide; il se remarie avec Poppée. Il condamna les riches romains pour enrichir les caisses de l’État, vidées par sa mégalomanie. Il persécute les chrétiens et est accusé d’avoir incendié Rome.Plus tard, suite à un soulèvement de l’armée en 68, menée par Galba, il est accusé d’être ennemi public par le sénat. Il se donne la mort. Galba fit la suite…

AGRIPPINE VS CATHERINE

Le dossier a été réalisé en trois parties: deux consacrées respectivement à Catherine II et à Agrippine, symétriques dans les documents et les analyses, et une troisième, synthèse des comparaisons et analyse exprimée plus haut dans le dossier. Pour rappel, le but de ce dossier étant la comparaison entre ces deux illustres personnages. La lecture des documents précédents est indispensable pour pouvoir faire les rapprochements et bénéficier ainsi de cette synthèse…

ANALYSE DES SIMILITUDES

  • leur milieu social (dynasties au pouvoir);
  • l’ambition du pouvoir;
  • les moyens mis en place (tout ce dont elles pouvaient – voir plus haut);
  • la duperie face aux “ennemis”, les personnes gênantes, de l’avis opposé;
  • les relations philosophiques (l’ami-philosophe d’Agrippine, Sénèque; les Lumières pour Catherine);
  • les sources d’inspirations (philosophiques);
  • le climat social: les nobles et les riches exercent le pouvoir, les autres beaucoup moins ou pas du tout.

ANALYSE DES DIFFÉRENCES

  • Catherine II ne devait pas se cacher pour exercer son pouvoir. Même étant femme, sont pouvoir était reconnu. Agrippine, rappellons-le, exerçait son pouvoir indirectement, en agissant sur l’empereur (que ce soit son frère, ou après, son mari ou son fils) car elle ne pouvait pas prendre place dans l’appareil officiel romain. Cependant toutes deux se sont d’abord introduites au coeur de l’État sans manifester leurs aspirations, puis se sont démarquées.
  • L’investissement de Catherine dans le développement du pays. Est-ce grâce à l’époque, à l’émulation des différents pays industrialisés qu’elle a centralisé son énergie dans l’expansion économique ? Est-ce à cause du fait que le Romains étaient une gigantesque nation parmi des civilisations “barbares” que le développement du pays n’était pas parmi les priorités d’Agrippine ? Cependant le désir d’expansion des deux nations, à deux époques différentes, était bel et bien existant…

•Une élément qui coule de source mais qui vaut quand même la peine d’être rappelé: Catherine II n’avait pas pour but de mettre son fils sur le trône; elle le craignait, et elle l’avait écarté du pouvoir. Agrippine, elle avait tout mis en place pour que ce soit bien son fils qui devienne empereur. Une ressemblance pourtant: elles savaient toutes deux que leurs fils serait le successeur direct…

Annexes

Bibliographie

  • Mémoires d’Agrippine. Edition de Fallois, 1992. – L’ouvrage a été republié en 1994 au Livre de Poche n° 13508.
    Dans son roman, l’historien Pierre Grimal, nous invite à revivre l’Histoire au travers le point de vue d’Agrippine elle-même. Ses Mémoires, aujourd’hui perdues, ont existes comme l’atteste Tacite (Annales IV, chapitre LIII-2) : « Ce fait qui n’a pas été rapporté par les auteurs d’ouvrages historiques, je l’ai découvert dans les mémoires de sa fille Agrippine, qui, devenue la mère de l’empereur Néron, a raconté à la postérité sa vie et la vicissitude des siens.»

Licence

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Ce texte est disponible sous licence Creative Commons-BY-NC-ND – Alexis Jurdant 2004


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